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Le breakdance aux JO 2024: une bonne idée?
Le breakdance aux JO 2024: une nouvelle discipline
battle de breakdance dans la rue
Le breakdance, également connu sous le nom de bboying, est bien plus qu’une danse, il incarne un véritable état d’esprit. L’intégration du breakdance aux Jeux Olympiques (JO) a suscité des débats passionnés au sein de la communauté hip-hop. Pour les puristes, cette décision est perçue comme une tentative d’appropriation culturelle de leur art par une organisation éloignée de ses racines. La question qui se pose est la suivante : comment préserver l’authenticité de cette danse qui repose essentiellement sur la spontanéité lorsque des enjeux financiers colossaux sont en jeu à tous les niveaux ? De plus, le risque d’une perte progressive de l’improvisation plane, étant donné la mise en place d’un système de notation de plus en plus normé.
La FFD et l’académisation du hip-hop
Au cours des dernières décennies, la danse hip-hop a vu son organisation se renforcer, notamment via l’intégration du breakdance par la Fédération Française de Danse (FFD). L’académisation de cette forme artistique peut être perçue sous différents angles. D’une part, elle offre une légitimité et une reconnaissance à la danse hip-hop, permettant aux danseurs et chorégraphes d’accéder à des opportunités professionnelles plus vastes.

De plus en plus, des écoles de danse, des conservatoires et des centres culturels proposent des cours de danse hip-hop. Des workshops, des masterclasses et diverses formations sont régulièrement organisés dans ce domaine. Ces développements ont également conduit à la création de diplômes spécifiques en danse hip-hop pour répondre à la demande croissante, même si l’opportunité commerciale n’a pas été négligée. Certaines universités proposent même des programmes universitaires dédiés, tels que la licence professionnelle en danse hip-hop, jazz et contemporaine de la Faculté des Arts de l’Université de Paris VIII, ou le master en danse contemporaine, jazz et hip-hop de l’Université de Nice Sophia Antipolis.
Ainsi, de plus en plus de danseurs et chorégraphes hip-hop ont accès à une formation structurée et, dans une certaine mesure, reconnue par l’industrie. Cette formation offre aux artistes un bagage de compétences techniques et artistiques, ainsi qu’un réseau de contacts précieux. Des écoles de renom telles que la Juste Debout School à Paris ou le Motion Lab Studio à Toulouse contribuent à ouvrir des portes vers des carrières professionnelles plus vastes.
Cependant, l’académisation de la danse hip-hop n’est pas exempte de critiques. Certains danseurs et chorégraphes redoutent qu’elle ne conduise à une uniformisation de cette forme artistique, menaçant ainsi son essence et son originalité.
Vers un diplôme d’État en danse urbaine ou en breakdance ?
À ce jour, il n’existe toujours pas de diplôme d’État en danse hip-hop, contrairement aux danses académiques telles que la danse classique, le jazz et la danse contemporaine. La FFDanse a introduit le titre à finalité professionnelle (TFP) « Entraîneur breaking, » enregistré au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP). Ce titre permet aux danseurs confirmés en breakdance de s’établir en tant qu’acteurs « légitimes » de cette discipline. Cependant, des questions importantes sont soulevées concernant les motivations financières de ceux qui proposent cette formation, qui peut s’avérer coûteuse. Le débat sur ce point est ouvert. Néanmoins, cette formation établit un cadre pour les danseurs souhaitant approfondir leurs compétences techniques et acquérir des compétences pédagogiques.
Contrairement aux danses académiques, comme le jazz, la danse classique et la danse contemporaine, le diplôme d’État (DE) n’est pas requis pour enseigner la danse hip-hop.
Et le BREAKDANCE AUX JO 2024 dans tout ça ?
En ce qui concerne les Jeux Olympiques, il est crucial de reconnaître que pour une génération qui n’a pas connu les débuts du breakdance dans les rues, l’intégration aux JO représente une opportunité à ne pas sous-estimer. Il est essentiel d’adopter une perspective ouverte et de comprendre qu’il est possible de préserver les racines culturelles tout en évoluant avec son temps.
Il est vrai que parfois, les bboys et bgirls ne savent plus sur quel pied danser ! Entre la quête de légitimité et le désir de rester authentique, un dilemme se pose. Pourtant, en y réfléchissant attentivement, il apparaît que l’inclusion du breakdance aux JO est davantage une chance qu’une mauvaise nouvelle. La médiatisation considérable dont le breaking va bénéficier entraînera inévitablement des retombées positives au niveau des associations et des écoles au niveau local. Les écoles de breakdance ou de danse hip-hop verront très probablement une augmentation significative du nombre de leurs adhérents. De même, les compagnies affiliées au break ou au hip-hop trouveront plus aisément des subventions pour des spectacles ou des projets pédagogiques… Tout cela est loin d’être négligeable !
Vers une perte d’identité du breakdance?
En ce qui concerne la possible dénaturation du bboying, je dirais que la responsabilité repose désormais entre les mains (et les pieds !) des danseurs issus de cette culture. Il nous incombe de saisir cette opportunité de manière avisée. Il est essentiel de continuer à mettre l’accent sur la créativité et de préserver l’essence de notre danse. Les juges lors des compétitions doivent devenir les ambassadeurs de la discipline : ils doivent donner l’exemple en demeurant fidèles aux valeurs du hip hop, en résistant aux éventuelles pressions de la fédération. Il est rassurant de constater que, pour l’instant, lors des battles (compétitions de breaking) organisés par la fédération, les codes semblent être assez bien respectés. Comme dans un battle classique, un DJ spécialisé en « battles de break » sélectionne des standards de breakbeats ou de hip-hop, voire des compositions personnelles. Il est essentiel de respecter le type de musique sur lequel les danseurs de rue sont habitués à exécuter leurs mouvements, afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. De plus, on retrouve également, dans les battles de la fédération, un MC (maître de cérémonie) : celui qui anime l’événement et, par sa voix, insuffle de l’énergie aux danseurs pour qu’ils soient plus performants.
Pour en savoir davantage, vous pouvez consulter l’article sur les 5 éléments du hip-hop.
Quelle conclusion peut-on tirer de ce débat brûlant ?
Malgré la croissante institutionnalisation, la danse hip-hop continue de porter un message fort de revendication et de protestation sociale. Cela se manifeste à travers des chorégraphies percutantes, telles que celles de la Compagnie Käfig, qui évoquent des thèmes tels que l’incarcération et la rédemption dans la prison de Guantanamo.
Il est indéniable que la culture issue des rues est devenue populaire et lucrative, attirant l’attention des institutions. Cependant, cela a engendré un débat sur l’appropriation culturelle et l’exploitation des artistes urbains. Certains estiment que les institutions tirent profit de cette culture sans respecter ses origines et ses valeurs, tandis que d’autres considèrent que cela offre une plus grande visibilité aux artistes et un accès à un public plus large. La question de la « marchandisation » de la culture urbaine reste débattue, mais il est essentiel de reconnaître les contributions des communautés à l’origine de cette culture et de travailler à préserver ses racines authentiques pour en conserver le caractère unique.
Si vous souhaitez faire connaissance avec 3 b-girls de renommée internationale et susceptibles d’être médaillées aux jeux de Pairs en 2024 alors lisez l’article Brisez les Barrières : La Détermination des Danseuses de Breakdance.